Notre métier est en train de récolter les fruits de son manque de considération historique

 

A quel âge vous êtes-vous intéressé à l’informatique ?

J’ai commencé à m’intéresser à l’informatique très tôt, vers l’âge de 4 ans. Mon père rachetait de vieux ordinateurs à son entreprise pour une centaine de francs. Comme ces ordinateurs ne valaient rien, moi et mes frères et sœurs étions libres de faire ce que nous voulions dessus. J’ai appris à taper sur  les lettres « Y » et « N » d’un clavier d’ordinateur avant de savoir lire.

J’ai vraiment eu envie de faire de l’informatique quand j’ai vu mon père accéder à des menus et des interfaces de notre ordinateur dont je n’aurais pas soupçonné l’existence. J’étais aussi très impressionné par les conversations téléphoniques de mon père avec ses collègues : je n’en comprenais pas un mot.

A l’âge de 7 ans, j’ai voulu démonter clandestinement l’ordinateur familial pour « comprendre comment ça marche ». J’ai démonté le processeur de l’ordinateur pour voir ce que cela faisait : on m’avait expliqué que le processeur était le « cœur » de l’ordinateur qui ne pouvait pas fonctionner sans. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai redémarré l’ordinateur de voir qu’il fonctionnait exactement comme avant. Je me suis demandé quelle diablerie il pouvait bien y avoir derrière tout ça, et j’ai fébrilement réinstallé le processeur sans rien dire à personne. Je n’ai compris que bien des années plus tard que cet ordinateur était en réalité un biprocesseur.
 
Vous avez choisi de faire des études d’informatique. Avez-vous fait ce choix par passion, par hasard, par défaut ?

Pour ma part cela s’est imposé tout logiquement. J’ai commencé à faire du développement informatique pour des entreprises alors que j’étais en classe de première, à l’âge de 17 ans. A la sortie du Lycée il me paraissait évident que j’avais des facilités dans ce domaine. J’ai envisagé un moment de ne pas faire d’études du tout, puis conscient de mes limites j’ai commencé une école pour apprendre à structurer mon travail.

J’ai opté pour une formation d’ingénieur post-bac à l’INSA de Lyon, dont les deux premières années sont généralistes. Ce fut l’occasion d’une remise en question pour de multiples raisons : le manque de prestige du métier d’informaticien, les perspectives salariales plutôt basses par rapport aux autres filières d’ingénieur et aux filières commerciales,  et enfin le fait qu’en France il soit quasiment « obligatoire » de devenir chef de projet tout de suite.

En fin de deuxième année j’ai été accepté dans une grande école de commerce, l’EDHEC à Lille, et est venue l’heure d’un grand dilemme puisque cette école de commerce bénéficie d’un meilleur prestige, de meilleurs débouchés salariaux et d’une plus grande variété de postes disponibles à la sortie.

J’ai pris conseils auprès d’un grand nombre de personnes et le consensus fût de choisir l’école de commerce. En y réfléchissant, je suis finalement arrivé à la conclusion que ce serait du gâchis de ne pas faire fructifier ce potentiel que j’avais en informatique, et dont j’étais certain. Il serait temps de faire une école de commerce plus tard.
 
Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous spécialiser en tant que développeur ?

Depuis toujours j’ai des facilités à comprendre comment un ordinateur « réfléchit », pour reprendre un terme qu’on entend souvent. J’ai toujours plus ou moins compris la manière de fonctionner des programmes informatique, et cela m’a donné envie d’apprendre à en faire moi-même.

De plus j’ai toujours voulu apprendre à maîtriser mon environnement. Un ordinateur est une machine très complexe capable d’effectuer une infinité de tâches. Mon désir a toujours été de le maîtriser complètement.

Enfin j’ai remarqué que – même jeune et pas encore diplômé – il était possible de gagner des sommes d’argent intéressantes dans ce domaine.
 
Comment envisagez-vous votre avenir de développeur ?

Pour le moment je suis encore étudiant et j’attends de voir où ce métier va me mener. J’espère sincèrement un jour pouvoir apporter ma pierre à l’édifice informatique et être à l’origine de quelque chose d’intéressant.

J’espère pouvoir faire ce métier longtemps et y trouver toujours la même satisfaction.
 

Ressentez-vous un manque de considération de votre métier ?

Pour le moment je ne l’ai ressenti que pendant mes études. Mais depuis un certain temps c’est plutôt le contraire. Je reçois de nombreuses demandes de personnes qui ont besoin de mes services. Ce sont parfois des recruteurs, mais plus souvent des étudiants qui recherchent quelqu’un pour les aider à démarrer un projet ou même pour les aider dans des projets dans le cadre de leurs études.

Les technologies informatiques ont pris une place prédominante dans la vie quotidienne et l’informaticien est devenu un élément stratégique.

Je pense même que nous assistons en ce moment à un retournement de situation : notre métier est en train de récolter les fruits de son manque de considération historique. A force de mal considérer les métiers de l’informatique, on a fait fuir un grand nombre de développeurs potentiels vers d’autres métiers. En conséquence la France – et même peut-être le monde en général – manque d’informaticiens et nous sommes maintenant devenus une denrée rare – et chère.

Cela est peut-être dû à la bulle de l’internet 2.0, mais quoiqu’il en soit nous aurions tort de ne pas profiter de cette tendance.
 
Envisageriez-vous de partir à l’étranger ? Si oui, pourquoi ?

Bien sûr que j’envisagerais de partir à l’étranger si une bonne opportunité se présentait.  Quand on est étudiant on pense nécessairement à la Californie, le lieu de naissance de l’informatique où les rémunérations des développeurs sont prohibitives.

J’espère sincèrement pouvoir avoir au moins une expérience dans la Silicon Valley, rien que pour m’imprégner de l’ambiance de ce lieu. Ce n’est pas que la France est un mauvais pays, c’est que la Silicon Valley est le berceau de l’informatique.
 
En conclusion, êtes-vous fier d’être développeur ?

Je suis fier et surtout j’en suis surtout content. Cela me permet de faire ce que j’aime et de ne pas aller travailler à reculons le matin. C’est un travail qui offre un confort indéniable tant sur le plan financier que sur le plan  humain.
 
Philippe GAUROY – INSA Lyon




Les réactions

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joseph toffa Le 05/11/2016 à 10:36:20

Le plutôt est toujours mieux FELICITATION !!!

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