Mélange de créativité et de rigueur, c'est ce qui fait la noblesse de ce métier

 

A quel âge vous êtes-vous intéressé à l’informatique ?

Après le bac, pendant le premier cycle de mes études à l’INSA de Lyon, au début des années 1980. A cette époque, l’informatique personnelle était très peu développée, et rares étaient les étudiants à avoir un ordinateur à la maison.
 
Vous avez choisi de faire des études d’informatique. Avez-vous fait ce choix par passion, par hasard, par défaut ?

Par passion, sans hésiter ! Ce premier cycle m’a donné la chance de pouvoir approcher différents métiers de l’ingénieur, et l’informatique était définitivement celui qui m’attirait le plus. Ceci dit, ce n’est que lors du second cycle, celui de ma spécialisation en informatique, que j’ai commencé à prendre la mesure de la diversité et de la complexité des métiers que cette branche pouvait regrouper.
 

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous spécialiser en tant que développeur ?

J’aime le fait de passer des idées à un logiciel qui fonctionne, le mélange de créativité et de rigueur que cela représente. C’est ce qui fait la noblesse, et aussi la difficulté, de ce métier, et de ses voisins, comme l’architecture, la conception et le test.
 

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de rester développeur ?

Ecrire un logiciel ayant les qualités attendues est un métier exigeant, complexe, difficile. Fonctionnalités, évolutivité, performances, robustesse, sécurité, exploitabilité… : les exigences sont variées, les contextes et les moyens aussi, il faut trouver les meilleurs compromis. C’est une suite de défis à relever, et un débutant, aussi doué soit-il, ne peut pas en appréhender immédiatement tous les aspects.

C’est précisément cela qui me motive : observer les difficultés, avérées ou probables, rencontrer les autres développeurs, partager les idées, puis les mettre en œuvre, enregistrer les progrès ou au contraire les nouvelles difficultés, ajuster la stratégie de développement, jusqu’à l’obtention d’un résultat qui passe les tests et puisse être exploité dans de bonnes conditions.

Il y a aussi un aspect profondément humain, car même si l’écriture est un travail solitaire, la production d’un logiciel est le plus souvent un travail d’équipe, avec des personnalités et des intérêts différents, qu’il faut savoir faire converger.
 

Comment envisagez-vous votre avenir de développeur ?

Avec sérénité ! L’informatique est une discipline extrêmement jeune, en perpétuelle évolution, et qui demeure complexe. Bien sûr, et heureusement, il se produit régulièrement des avancées (méthodes, design patterns, frameworks, outils) qui vont dans le sens d’une simplification de l’écriture du code ; mais la complexité revient toujours sur le devant de la scène. Je pense donc qu’il y aura toujours besoin de professionnels expérimentés, capables de hiérarchiser les problèmes et de trouver les solutions sur lesquelles le développement pourra s’appuyer.
 

Ressentez-vous un manque de considération de votre métier ?

Pour certains managers, le fait de rester dans le développement est une faiblesse. Ils ignorent, au moins en apparence, ce besoin de professionnels expérimentés. Je trouve cela regrettable, mais la réalité finit toujours par s’imposer.
 

Envisageriez-vous de partir à l’étranger ? Si oui, pourquoi ?

Dans l’immédiat, sur le plan personnel et familial je suis très attaché à la France, et j’ai envie d’apporter ma petite contribution à son développement.

 

Si vous n’aviez pas été développeur, quel autre métier auriez-vous aimé faire ?

Architecte, pour le mélange de créativité et de rigueur. Ou alors dans un registre plus créatif, photographe ou musicien.
 

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes en général et aux étudiants en informatique en particulier ?

Comme je le disais précédemment, l’informatique est une discipline récente, il y a encore de la place et beaucoup reste à inventer. Intéressez-vous à plusieurs aspects de ce métier, intégrez-en de plus en plus dans votre travail, et recherchez toujours les solutions aussi simples que possibles, mais pas plus. Il y a beaucoup à apprendre des autres, à la fois de ce qu’ils ont réussi mais aussi des problèmes qu’ils ont rencontrés et qu’ils n’ont pas résolus.
 

Auriez-vous une anecdote à nous faire partager ?

J’ai une anecdote qui illustre le besoin de développeurs expérimentés :

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de travailler sur une solution organisée en deux sous-systèmes, développés par deux équipes différentes. Le premier sous-système avait été confié à une équipe expérimentée, avec des tarifs relativement élevés, et le second à une équipe aux tarifs beaucoup plus bas, avec un niveau de qualification et d’expérience en relation. Le début du projet se révéla difficile pour les deux équipes. La première s’attacha à comprendre le besoin, à tenter de prévoir les axes selon lesquels il pouvait évoluer, et à réaliser un logiciel aussi évolutif que possible sur ces axes-là. Pendant ce temps, la seconde équipe avait mis en place une gestion de projet rigoureuse mais extrêmement contraignante, avec des étapes successives de rédaction de documents et de validation, mais elle n’avait pas cherché à acquérir la connaissance du besoin. Les documents, dont le rôle était de faciliter la tâche des développeurs inexpérimentés, ne reflétaient que partiellement le besoin qu’ils étaient supposés décrire, et les allers retours étaient fréquents, là où le logiciel de la première équipe gagnait régulièrement en agilité et en robustesse. Après quelques itérations, à chaque fois que c’était possible, le client confiait les évolutions à l’équipe expérimentée, et il ne laissait à l’équipe moins expérimentée que les fonctionnalités qui devaient absolument se trouver dans leur sous-système. Après cette expérience pénible, je ne crois pas qu’ils aient jamais constitué une équipe uniquement composée de développeurs sans expérience et peu qualifiés.

 

Michel ROTTELEUR – Nouvel R Consulting


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